« Pourquoi payons-nous autant pour héberger trois applications ? » et « où sont vraiment nos données ? » sont les deux questions que nous entendons le plus souvent depuis un an. Elles viennent d'éditeurs de logiciels, de PME et de collectivités installés chez AWS, Google Cloud ou Microsoft Azure, qui ont adopté le cloud pour sa simplicité et découvrent sa facture, et sa nationalité.
Plutôt que de répondre par des généralités, nous avons construit la réponse : une plateforme Kubernetes complète, sur des serveurs OVHcloud en France, avec le confort qu'un développeur attend d'un grand cloud. Cet article raconte ce projet, chiffres et déconvenues compris.
01Pourquoi construire notre propre cloud
Nous hébergeons et infogérons des infrastructures depuis 2013 : plus de 500 machines virtuelles et conteneurs, répartis sur sept clusters Proxmox VE. Nos clients nous parlent de trois irritants, toujours les mêmes :
- Une facture imprévisible. Le prix d'une machine virtuelle est affiché ; celui du trafic sortant, des passerelles NAT, des journaux et des transferts entre zones l'est beaucoup moins. La ligne « Data Transfer » de la facture AWS est devenue un roman à suspense mensuel.
- Une souveraineté limitée par le droit. Des serveurs à Paris ne changent rien au droit applicable à leur propriétaire. Pour un marché public, des données de santé ou un client industriel, la question finit toujours par être posée.
- Une dépendance qui s'installe. Chaque service propriétaire adopté pour gagner une semaine rend le départ un peu plus coûteux, jusqu'au jour où l'on ne part plus.
Notre objectif : une plateforme où les développeurs déploient seuls, en HTTPS, avec des sauvegardes et des mises à jour automatiques, sans rien sacrifier de leur confort. Bref, l'expérience d'un hyperscaler, sans l'hyperscaler.
02Ce que nous avons construit
La plateforme tourne sur un cluster Proxmox VE de quatre serveurs OVHcloud reliés par un réseau privé, avec un stockage Ceph répliqué. Elle porte deux clusters Kubernetes sous Talos Linux : l'un pour les applications, en haute disponibilité, l'autre pour les outils de gestion. Tout est décrit dans un dépôt Git : une reconstruction complète tient en quatre commandes et une dizaine de minutes.
Chaque service managé que l'on utilise chez un hyperscaler a son équivalent open source, que nous exploitons pour nos clients :
| Besoin | AWS | Google Cloud | Azure | Notre plateforme |
|---|---|---|---|---|
| Kubernetes | EKS | GKE | AKS | Talos Linux et Kubernetes sur Proxmox VE |
| Disques persistants | EBS | Persistent Disk | Managed Disks | Ceph, réplication sur trois serveurs |
| Entrée HTTP et répartition | ELB | Cloud Load Balancing | Application Gateway | Traefik et Cilium |
| DNS et certificats | Route 53, ACM | Cloud DNS, Certificate Manager | Azure DNS, Key Vault | external-dns et cert-manager (Let's Encrypt) |
| Pare-feu applicatif | WAF, Shield | Cloud Armor | Azure WAF, DDoS Protection | CrowdSec et anti-DDoS OVHcloud |
| Stockage objet | S3 | Cloud Storage | Blob Storage | Garage, compatible S3 |
| Sauvegardes | AWS Backup | Backup and DR | Azure Backup | Velero et snapshots etcd chiffrés |
| Infrastructure en code | CloudFormation | Infrastructure Manager | Bicep | OpenTofu |
| Secrets | Secrets Manager | Secret Manager | Key Vault | SOPS et age |
| Console et droits | Console AWS, IAM | Console Google Cloud, IAM | Portail Azure, Entra ID | Rancher |
| Déploiement continu | CodePipeline | Cloud Deploy | Azure Pipelines | Argo CD (GitOps) |
| Mises à jour | Systems Manager | VM Manager | Update Manager | Renovate et tuppr, chaque nuit |
Le détail technique, extraits de configuration compris, est dans notre guide Kubernetes sur Proxmox VE. Ce que vivent les développeurs au quotidien est décrit dans déployer ses applications : un fichier, une commande, une application en ligne en HTTPS.
03Ce que ça coûte, chiffres à l'appui
Comparer des clouds, c'est l'art de choisir ses hypothèses. Voici les nôtres, posées pour être défavorables à notre propre solution plutôt que l'inverse.
Une plateforme Kubernetes de production pour une PME éditrice de logiciel : 32 vCPU et 128 Go de mémoire pour les applications, 1,5 To de stockage persistant, 5 To de trafic sortant par mois. Prix publics relevés le 1er novembre 2026, hors taxes, sans remise ni engagement. Région AWS de Paris (eu-west-3).
| Poste | AWS, région de Paris | OVHcloud, serveurs dédiés |
|---|---|---|
| Kubernetes (plan de contrôle) | EKS : 73,00 $ | Inclus (sur nos serveurs) |
| Calcul | 8 instances m7i.xlarge (4 vCPU, 16 Gio) : 1 373,57 $ | 3 serveurs ADVANCE-2 (8 coeurs, 16 threads, 64 Go, 2 x 960 Go NVMe) : 464,97 € |
| Stockage persistant | 1,5 To en EBS gp3 : 139,20 $ | Inclus : Ceph sur les disques NVMe, 1,9 To répliqués trois fois, dont 1,5 To utilisés pour garder 20 % de marge |
| Trafic sortant | 4,9 To facturés : 441,00 $ | Inclus, non mesuré |
| Réseau privé et anti-DDoS | Selon services | Inclus (vRack, protection anti-DDoS) |
| Total mensuel | 2 026,77 $, soit environ 1 812 € | 464,97 € |
Résultat : une capacité comparable coûte environ 3,9 fois plus cher chez AWS, soit un écart de l'ordre de 16 159 € par an. Et ce total AWS est flatteur, car plusieurs postes n'y figurent pas :
- la répartition de charge, les passerelles NAT et les transferts entre zones, facturés à l'heure et au gigaoctet ;
- les journaux et métriques, qui finissent souvent par peser autant que les instances ;
- la marge que l'on garde sur les serveurs OVHcloud : 48 threads et 192 Go au total, dont une partie est réservée à Proxmox, Ceph et aux control planes, mais dont le reste est disponible sans supplément.
Pour être juste avec AWS, trois remarques :
- Sans aucun trafic sortant, l'écart reste de 3,0 fois.
- Avec un engagement (Savings Plans, instances réservées), la ligne de calcul baisse sensiblement : de l'ordre de -35 % sur un an, de -54 à -60 % sur trois ans pour ce type d'instance. Même avec trois ans d'engagement, AWS reste 2,3 à 2,5 fois plus cher.
- OVHcloud a augmenté ses tarifs à l'été 2026, à cause de l'envolée du prix de la mémoire et du stockage : +24 % sur ce modèle de serveur. Nos chiffres intègrent cette hausse.
Notre plateforme de démonstration tourne sur quatre serveurs ; le cas chiffré en retient trois, le minimum pour un stockage Ceph répliqué et la haute disponibilité.
Un serveur dédié ne s'administre pas tout seul. Mises à jour, sauvegardes, supervision et astreinte ont un coût humain, qu'une partie de la facture AWS couvre aussi, en partie seulement. C'est précisément notre métier : nous chiffrons toujours une migration avec l'exploitation incluse, et l'écart doit rester net une fois cette ligne ajoutée. Sinon, nous vous conseillons de rester.
04Souveraineté : ce que dit vraiment le droit
Héberger ses données à Paris chez un fournisseur américain ne les place pas sous le seul droit européen. Le Cloud Act, loi américaine de 2018, permet aux autorités des États-Unis d'exiger d'un fournisseur soumis à leur juridiction les données qu'il contrôle, où qu'elles soient stockées. D'autres textes, comme la section 702 du FISA, encadrent la surveillance du renseignement, et leur reconduction fait débat au Congrès.
Ce n'est pas une hypothèse d'école. Le 10 juin 2025, auditionné par une commission d'enquête du Sénat, le directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France a reconnu ne pas pouvoir garantir que des données de citoyens français ne seraient jamais transmises aux autorités américaines sans l'accord des autorités françaises, tout en précisant que cela ne s'était encore jamais produit. Microsoft s'engage à contester les demandes infondées, mais doit se conformer aux demandes légitimes.
Les hyperscalers ont entendu le message. AWS a ouvert en janvier 2026 son European Sovereign Cloud, dans le Brandebourg : une région séparée, exploitée par des résidents européens, portée par des sociétés de droit allemand. Elle reste toutefois rattachée au groupe Amazon, et la portée exacte du droit américain sur ces structures fait débat chez les juristes.
Côté OVHcloud, la situation est plus favorable : un groupe français, dont le siège est à Roubaix. OVHcloud indique que ses entités américaines, distinctes, n'interviennent pas dans les services fournis à ses clients européens. Aucun fournisseur n'est pour autant à l'abri d'une procédure étrangère : OVHcloud conteste ainsi une injonction d'un tribunal canadien, en 2025, visant des données stockées en Europe. Le risque n'est pas nul ; il est d'une autre nature.
Pour les besoins les plus exigeants, OVHcloud détient trois qualifications SecNumCloud de l'ANSSI, qui imposent notamment des garanties de protection contre l'application des lois extra-européennes : Bare Metal Pod, VMware on OVHcloud, et depuis septembre 2026 son cloud public SNC Cloud Platform.
Notre plateforme repose sur des serveurs dédiés standards d'OVHcloud : elle relève du droit français et européen, mais elle n'est pas qualifiée SecNumCloud. Si votre activité l'exige (opérateurs d'importance vitale, certaines données de l'État), la même architecture se déploie sur une offre qualifiée. Nous vous dirons laquelle, et à quel prix.
Le droit européen pousse aussi à la mobilité. Le Data Act encadre depuis 2024 les frais de changement de fournisseur et les interdit à partir du 12 janvier 2027. En France, en application de la loi SREN, un arrêté du 17 novembre 2025 a déjà fixé à zéro euro les frais de transfert de données lors d'un changement de fournisseur. Quitter un hyperscaler n'a jamais été aussi bon marché.
05Ce que l'on perd, honnêtement
Un retour d'expérience qui ne parle que des gains est une plaquette commerciale. Voici ce qu'un départ des hyperscalers coûte vraiment :
- Le catalogue. Lambda, DynamoDB, BigQuery, Cosmos DB ou les services d'IA managés n'ont pas d'équivalent clé en main. Une application qui en dépend fortement se réécrit en partie, ou garde un pied chez son hyperscaler.
- L'élasticité à la minute. Un serveur dédié se loue au mois et se livre en quelques heures, parfois quelques jours, pas en quelques secondes. On dimensionne donc avec de la marge, une marge qui coûte peu, mais qu'il faut prévoir.
- Le confort de l'excuse. Chez un hyperscaler, une panne est la panne de quelqu'un d'autre. Ici, il faut une équipe qui exploite, met à jour et répond la nuit : la vôtre, ou la nôtre.
- Quelques briques encore en chantier. Sur notre plateforme, l'observabilité complète et l'authentification unique avec double facteur sont les prochaines étapes. Nous préférons l'écrire que le découvrir avec vous.
06Ce que l'on gagne
- Une facture fixe. Un prix par serveur et par mois, trafic compris. Le budget se prévoit en janvier et se vérifie en décembre.
- La réversibilité. Kubernetes standard, outils open source, tout décrit en code : la plateforme se redéploie chez un autre fournisseur en quelques jours. C'est la meilleure assurance contre une future hausse de tarifs, y compris chez OVHcloud.
- La performance. Des disques NVMe locaux et des processeurs dédiés, sans voisin bruyant ni crédit de performance qui s'épuise.
- La souveraineté. Des données en France, chez un fournisseur européen, administrées par une équipe française joignable directement.
- Un impact mesuré. Nous mesurons les émissions de chacun de nos serveurs et contribuons à hauteur de 200 % de notre bilan carbone, par des projets de régénération en France.
- Des mises à jour qui ne dépendent plus de personne. Talos, Kubernetes et tous les composants se mettent à jour la nuit, automatiquement, après validation humaine.
07Migrer sans tout casser
Une migration réussie ne se fait pas en un week-end héroïque. Voici la méthode que nous appliquons :
- L'inventaire. Tous les services utilisés, lus dans la facture et non dans la mémoire de l'équipe, et pour chacun son équivalent, sa difficulté et son risque.
- La conteneurisation. Ce qui tourne déjà sur EKS, GKE ou AKS passe presque tel quel. Le reste est mis en conteneurs, en commençant par le plus simple.
- La plateforme cible. Montée en parallèle, recettée avec une copie des données, sans toucher à la production.
- Les données. Réplication des bases vers la nouvelle plateforme, copie des buckets S3 vers un stockage compatible, puis synchronisation jusqu'à la bascule.
- La bascule progressive. DNS à durée de vie courte, application par application, avec retour arrière possible à chaque étape.
- Le décommissionnement. Fermeture des comptes, et frais de sortie offerts : les trois hyperscalers les accordent, sur demande et sous conditions (accord préalable, migration en 60 jours, fermeture des comptes), à qui part définitivement. La dernière copie des données se planifie donc dans cette fenêtre.
Les sauvegardes, elles, partent hors de la plateforme dès le premier jour, et une restauration est testée avant la bascule. Notre page stratégie de sauvegarde détaille ce principe.
08Pour qui c'est une bonne idée
| Bon candidat au départ | Mieux vaut rester, pour l'instant |
|---|---|
| Applications web et API conteneurisées, ou faciles à conteneuriser | Architecture bâtie sur Lambda, DynamoDB ou BigQuery |
| Facture cloud supérieure à quelques milliers d'euros par mois | Facture de quelques centaines d'euros, sans enjeu de souveraineté |
| Trafic sortant important : médias, téléchargements, API publiques | Charge très irrégulière, qui passe de zéro à mille serveurs en une heure |
| Marchés publics, santé, industrie : souveraineté demandée | Équipe déjà experte de son hyperscaler et sans irritant |
| Besoin de prévisibilité budgétaire | Contrat d'engagement pluriannuel en cours |
09Questions fréquentes
OVHcloud est-il aussi fiable qu'AWS ?
Pour la plupart des usages, oui, à condition de concevoir l'infrastructure pour la panne. OVHcloud propose notamment, depuis 2024, une région à trois zones de disponibilité autour de Paris. L'incendie de Strasbourg, en 2021, a rappelé une règle valable chez tous les fournisseurs : une infrastructure fiable repose sur des sauvegardes hors site et testées, ce que nous mettons en place systématiquement.
Combien de temps prend une migration ?
Quelques semaines pour des applications déjà conteneurisées, plusieurs mois pour une plateforme qui s'appuie sur de nombreux services propriétaires. L'inventaire de la première étape permet de l'estimer précisément.
Faut-il forcément Kubernetes ?
Non. Pour un site ou une application simple, un serveur bien administré suffit et coûte encore moins cher. Kubernetes se justifie quand plusieurs applications, plusieurs équipes ou des déploiements fréquents entrent en jeu. Nous vous dirons honnêtement de quel côté vous êtes.
Peut-on garder une partie chez AWS ?
Oui, et c'est parfois le meilleur choix : la plateforme souveraine pour l'essentiel, un service très spécifique chez l'hyperscaler. Les frais de sortie offerts ne s'appliquent alors pas, mais depuis septembre 2025, le Data Act limite les frais de trafic entre fournisseurs utilisés en parallèle à leur coût réel.
Pourquoi OVHcloud plutôt qu'un autre fournisseur français ?
Pour son rapport prix et performance sur les serveurs dédiés, son réseau privé inclus, sa protection anti-DDoS et sa région à trois zones. Mais l'architecture est portable : elle se déploie aussi chez Scaleway, Outscale ou dans votre propre salle serveur.
Et vos clients, ils en pensent quoi ?
Nos clients restent en moyenne cinq ans. Ce n'est pas un argument technique, mais c'est celui dont nous sommes le plus fiers.
10Sources et méthode
Prix publics relevés le 1er novembre 2026, hors taxes, sans remise. Conversion au cours de référence de la BCE du 26 octobre 2026 : 1 € = 1,1188 $. AWS facture 730 heures par mois et offre les 100 premiers Go de trafic sortant.
- Amazon EKS, tarifs : 0,10 $ par cluster et par heure en support standard.
- Amazon EC2, tarifs à la demande et Amazon EBS, tarifs, région eu-west-3 : m7i.xlarge à 0,2352 $ par heure, gp3 à 0,0928 $ par Go et par mois (relevé croisé avec aws-pricing.com).
- Trafic sortant AWS : 0,09 $ par Go pour les 10 premiers To en Europe.
- OVHcloud, tarifs des serveurs dédiés au second semestre 2026 : ADVANCE-2 à 154,99 € HT par mois.
- OVHcloud, gamme Advance : trafic non mesuré, vRack et anti-DDoS inclus.
- OVHcloud et SecNumCloud.
- Lancement de l'AWS European Sovereign Cloud, janvier 2026.
- Arcep : Data Act, loi SREN et frais de sortie.
- Sénat, commission d'enquête sur la commande publique : audition de Microsoft France, 10 juin 2025.
- OVHcloud et l'injonction d'un tribunal canadien, novembre 2025.
Votre facture cloud mérite un second avis
Envoyez-nous un export de votre facture AWS, Google Cloud ou Azure : nous chiffrons l'équivalent sur une infrastructure souveraine en France, avec l'exploitation comprise, et nous vous disons franchement si la migration en vaut la peine. Parfois, la réponse est non, et nous vous le dirons aussi.