Tout le monde sauvegarde. Beaucoup moins de monde sait restaurer. Entre les deux, il y a une poignée de règles simples, quelques outils libres et éprouvés, et une habitude que presque personne n'a : vérifier, régulièrement, que le jour où il le faudra, ça marchera.
01Ce qui n'est pas une sauvegarde
| Mécanisme | Protège contre | Ne protège pas contre |
|---|---|---|
| RAID, miroir ZFS, réplication Ceph | La panne d'un disque | Suppression, corruption, rançongiciel : tout est répliqué instantanément |
| Instantané (snapshot) | Une mise à jour ratée, une erreur récente | La perte du serveur ou du stockage qui le porte |
| Synchronisation cloud (type Drive) | La perte d'un poste | Un fichier chiffré ou supprimé, synchronisé aussitôt partout |
| Réplication vers un second serveur | La perte du premier serveur | Une corruption, recopiée fidèlement |
| Sauvegarde versionnée, externalisée | Tout ce qui précède | Rien, si elle est testée |
Une sauvegarde, c'est une copie séparée (sur une autre machine), versionnée (on peut remonter à hier, à la semaine dernière, au mois dernier) et vérifiée. Il manque l'un des trois, et c'est autre chose.
02La règle 3-2-1-1-0
La règle 3-2-1 a longtemps suffi. Les rançongiciels, qui cherchent et détruisent les sauvegardes avant de chiffrer le reste, ont imposé deux chiffres de plus :
- 3 copies des données, l'original compris.
- 2 supports différents : un serveur et un stockage objet, un disque et une bande.
- 1 copie hors site : l'incendie, le dégât des eaux et le vol ne s'arrêtent pas à la porte de la salle serveur.
- 1 copie immuable ou hors ligne : une copie que personne ne peut modifier ni effacer, pas même un administrateur dont le compte a été volé.
- 0 erreur au dernier test de restauration.
Le zéro. Les quatre premiers chiffres décrivent des copies ; seul le dernier prouve qu'elles servent. Quand nous reprenons un parc existant, le premier test de restauration réserve presque toujours une surprise : base de données copiée à chaud et incohérente, répertoire exclu par erreur, clé de chiffrement introuvable.
03RPO et RTO, les deux chiffres qui décident
- RPO (objectif de point de reprise) : combien de données pouvez-vous perdre ? Une sauvegarde par nuit, c'est un RPO de 24 heures : tout ce qui est saisi dans la journée peut disparaître.
- RTO (objectif de temps de reprise) : combien de temps pouvez-vous rester arrêté ? C'est lui qui dicte s'il faut une copie locale rapide, ou si une restauration depuis un site distant, sur plusieurs jours, est acceptable.
Ces deux chiffres sont des décisions de direction, pas des choix techniques. Le simulateur du coût d'une panne aide à les fixer : on voit vite ce que coûte une journée de travail perdue, ou une semaine de restauration.
04Quel outil pour quoi
Il n'y a pas d'outil universel, mais il y a des outils libres excellents. Tous ceux-ci chiffrent, compressent et dédupliquent : trente jours d'historique occupent à peine plus qu'une copie complète.
| Outil | Idéal pour | Points forts | Limites |
|---|---|---|---|
| Proxmox Backup Server | Machines virtuelles et conteneurs Proxmox | Incrémental au niveau des blocs, restauration fichier par fichier, synchronisation entre serveurs | Pensé d'abord pour Proxmox |
| Borg et Borgmatic | Serveurs Linux, fichiers et bases de données | Très efficace, mode ajout seul côté serveur, Borgmatic gère bases et rétention | Dépôt accessible en SSH uniquement |
| Restic | Serveurs vers un stockage objet (S3) | Un seul binaire, nombreux stockages, multiplateforme | Rétention et vérification à orchestrer soi-même |
| Kopia | Postes et petits serveurs, avec interface graphique | Interface claire, planification intégrée | Moins éprouvé en production serveur |
Chez nos clients, le schéma le plus courant est : Proxmox Backup Server pour les machines virtuelles, synchronisé vers un second PBS sur un autre site, plus Borgmatic pour les sauvegardes applicatives fines (bases de données exportées proprement, répertoires de sites). Le chapitre haute disponibilité et sauvegardes du guide cluster détaille la partie PBS.
05Borgmatic, en vingt minutes
Borgmatic pilote Borg à partir d'un fichier de configuration unique : quoi sauvegarder, où, combien de temps garder, quelles bases exporter avant, et quoi vérifier après.
apt install borgbackup borgmatic # la phrase de passe vit dans un fichier lisible par root seul, # et une copie part dans le coffre-fort de mots de passe : sans elle, rien ne se restaure install -m 600 /dev/null /root/.borg-passphrase
source_directories:
- /etc
- /var/www
- /home
exclude_patterns:
- /var/www/*/cache
- '*.tmp'
repositories:
- path: ssh://borg@sauvegarde.exemple.fr/./serveur-web
label: distant
encryption_passcommand: cat /root/.borg-passphrase
compression: zstd,6
keep_daily: 7
keep_weekly: 4
keep_monthly: 12
keep_yearly: 2
# export coherent des bases avant la sauvegarde, jamais une copie des fichiers a chaud
mariadb_databases:
- name: all
checks:
- name: repository
frequency: 1 week
- name: archives
frequency: 1 month
# repo-create sur borgmatic recent (init sur les versions anciennes) borgmatic repo-create --encryption repokey-blake2 borgmatic --verbosity 1 --stats borgmatic list # exporter la cle du depot : a ranger dans le coffre-fort, avec la phrase de passe borgmatic key export
# chaque nuit a 2 h 30, avec un delai aleatoire pour ne pas saturer le serveur distant # (pas de % ni de $RANDOM ici : cron les interprete autrement) 30 2 * * * root sleep $(shuf -i 0-900 -n 1) && borgmatic --syslog-verbosity 1
Une sauvegarde qui échoue en silence est le scénario le plus fréquent. Borgmatic sait appeler un service de surveillance à chaque exécution (Healthchecks, Uptime Kuma, ntfy) : c'est l'absence de signal qui déclenche l'alerte. Voir Uptime Kuma et ntfy.
06La copie qu'un attaquant ne peut pas effacer
Un rançongiciel moderne ne se contente pas de chiffrer : il cherche les identifiants de sauvegarde sur le serveur compromis et s'en sert pour tout effacer. Si le serveur de production peut supprimer ses sauvegardes, l'attaquant le peut aussi. La parade consiste à ce que la production puisse ajouter, jamais supprimer.
# cette cle ne peut que lancer borg serve, en ajout seul, dans son repertoire
command="borg serve --append-only --restrict-to-path /srv/borg/serveur-web",restrict ssh-ed25519 AAAA... serveur-web
En mode ajout seul, une suppression demandée par le client est journalisée mais réversible ; le nettoyage réel (prune et compactage) se fait depuis le serveur de sauvegarde, avec une autre clé, que la production ne connaît pas.
- Avec Proxmox Backup Server : le PBS distant tire les sauvegardes du PBS local (synchronisation en mode pull). La production ne possède aucun identifiant sur le site distant.
- Avec Restic : le serveur
rest-serverlancé avec--append-onlyoffre la même garantie. - Hors ligne : un disque ou une bande déconnecté après chaque copie reste la protection la plus simple à comprendre, à condition que la rotation soit vraiment faite.
Un vendredi soir, un rançongiciel chiffre les serveurs d'une PME industrielle. Les sauvegardes existaient : un NAS dans la salle serveur, monté en partage réseau, chiffré lui aussi dans la foulée. Une copie hebdomadaire partait bien chez un prestataire, mais avec des identifiants stockés sur le serveur compromis : l'attaquant l'a vidée avant de lancer le chiffrement. Trois semaines de reconstruction à partir de postes de travail et de courriels. Avec une copie en ajout seul, la restauration aurait pris deux jours.
07Tester la restauration
Une fois par trimestre, au minimum. Pas « vérifier que la sauvegarde existe » : restaurer pour de vrai, sur une machine de test, et constater que l'application fonctionne.
- Choisir une cible tournante : une machine différente à chaque test, en commençant par les plus critiques.
- Restaurer dans un réseau isolé, pour ne pas faire démarrer un second serveur de production qui enverrait des courriels ou écrirait dans une base partagée.
- Vérifier l'application, pas les fichiers : on se connecte, on ouvre un dossier client, on lance une facture.
- Chronométrer : le temps mesuré est votre RTO réel. Comparez-le à celui que la direction a fixé.
- Écrire le compte rendu : date, machine, durée, problèmes rencontrés. C'est la preuve que l'assureur et l'auditeur demanderont.
08Les erreurs qui coûtent cher
| Erreur | Découverte le jour où | Parade |
|---|---|---|
| Phrase de passe ou clé perdue | On veut restaurer, et on ne peut pas déchiffrer | Clé et phrase dans le coffre-fort, sur papier au coffre |
| Base copiée à chaud, fichier par fichier | La base restaurée refuse de démarrer | Export cohérent avant sauvegarde (mysqldump, pg_dump, hooks) |
| Échecs silencieux | La dernière sauvegarde réussie date de quatre mois | Surveillance de l'exécution, alerte sur l'absence de signal |
| Rétention trop courte | L'intrusion a commencé il y a six semaines | Au moins trois mois d'historique, mensuelles sur un an |
| Tout restaurer à la fois | Le débit sature, rien ne redémarre | Ordre de restauration écrit, par priorité métier |
| Une seule personne sait faire | Elle est en vacances | Procédure écrite, testée par quelqu'un d'autre |
Calculateur de volumétrie
Espace occupé selon votre rétention, coût de l'externalisation et durée d'une restauration complète.
Diagnostic de maturité
Trois des quinze questions portent sur les sauvegardes. Ce sont souvent les plus révélatrices.
Des sauvegardes déjà restaurées au moins une fois
Nous mettons en place des sauvegardes chiffrées, externalisées et immuables, avec Proxmox Backup Server, Borg ou Restic, et nous prouvons chaque trimestre qu'elles se restaurent. Le compte rendu est pour vous, et pour votre assureur.